Les embrassades, c'est pas mon truc, aussi un simple signe de la main m'a suffit. Je pars sur le quai attendre ma correspondance. Je suis toute excitée : c'est la première fois que je pars habiter loin de ma famille. Cela faisait tellement longtemps que j'attendais ce jour. Je vais enfin pouvoir réaliser mon rêve : entrer dans la prestigieuse école des arts de Riverlode. Une des vieilles tantes de ma mère habite dans le coin et a accepté de me loger. Je ne l'ai jamais vue mais d'après ma mère, elle est assez...spéciale.
Au bout de quelques minutes de retard, le train entre en gare. En montant, je trouve une place facilement. Je hisse, non sans difficultés, ma valise et mon sac dans le filet. Ensuite, je me cale près de la fenêtre, fixe mes écouteurs à leur place et m'endors doucement, bercée par les ballottements du wagon.
Après deux heures de somnolence, un gros contrôleur bruyant me sort de mes rêveries :
-Ticket ! demande-t-il, merci.
Encore engourdie par ce réveil brutal, je me dirige en titubant vers les toilettes. J'en profite pour recoiffer mes long cheveux blond qu'admire tant Jody , ma meilleur amie. Tout ça parce qu'ils n'ont pas besoin de fer pour rester lisse...mais j'aimerais bien avoir aussi de belles boucles comme elle. En même temps j'en profite pour troquer mon pull beige contre une chemise grise qui avait été blanche à une époque. Autant faire tout de suite bonne impression à tante...à tante...euh...c'est quoi son nom encore ? Ah oui ! Tante Amelda. Sera-t-elle aussi étrange que son prénom ? Je dis ça mais le mien ne me plait pas vraiment mais avec le temps j'ai pris l'habitude. J'ai quand même eu 18 ans pour m'y faire ! Et puis je me dis que quand je serais célèbre, Gwendoline Bermont ce sera facile à retenir...enfin je crois.
Perdue dans mes pensées, je n'ai pas tout de suite entendu le mégaphone hurler :
-Mesdames et messieurs, le train à destination de Riverlode va bientôt entrer en gare.
Je retourne à ma place pour reprendre ma valise et mon sac. En regardant par la fenêtre, j'aperçois un paysage bien différent de mon petit village natale de campagne. Devant mes yeux s'étale une gigantesque fourmilière : la ville. En descendant sur le quai, je guette une potentielle tante Amelda mais personne ne s'intéresse à moi. C'est donc avec pour seule information une adresse que je pars à sa recherche dans une ville totalement inconnue. Malgré toute la bonne volonté du monde, mes repères géographiques se contentent de mon village et partir à la recherche de cette tante se transforme vite en parcours du combattant. Les taxis ne semblent pas vouloir s'arrêter devant mon pouce, est-il plus laid qu'un autre ? Alors que la pluie tombe et que je commence à m'énerver, un taxi stop enfin devant moi. Le chauffeur, un homme assez jeune et plutôt séduisant, m'interpelle :
-J'vous emmène ou mam'zelle ?
Un peu décontenancée je lui répond tout de même. Après tout, c'est le seul chauffeur qui a bien voulu de moi :
-Vous connaissez... Le Domaine des Clos ?
-Ouais, grimpez c'est comme si on y était !
Il m'ouvre la portière du siège passager mais, un peu méfiante je m'installe sans un mot sur la banquette arrière. Le taxi démarre, quelques minutes passent durant lesquelles j'observe la pluie ruisseler sur les vitres.
Bien vite, le chauffeur interrompt ma contemplation :
-Qu'est-ce qu'une jeune fille comme vous vient faire à Riverlode ? Oh pardon, ça me regarde pas vraiment...Au fait, moi c'est Gaetan Rivier mais attention, c'est pas comme rivière ! C'est marrant parce que ça ressemble un peu à Riverlode sauf que c'est Rivier ! Et toi c'est quoi ton petit nom ?
Surprise par tant de babillage de la part de la gente masculine, je mets un certain temps avant de répondre :
-Euh..enchanté...moi c'est Gwendoline mais...
-Gwendoline ? Magnifique prénom ! T'as remarqué qu'il commence par la même lettre que le mien ? C'est sûrement un signe, on est fait pour s'entendre ! Qu'est-ce que t'en dis ? Je peux t'appeler Gwen ?
-Mais bien sur Gaetan ! lui dis-je avec un grand sourire même pas forcé. La bonne humeur de ce type était sans doute contagieuse. Se faire des amis ici ne serait peut-être pas si dure...
Sur la route, les maisons se font de plus en plus rares. Je suis sur le point de me demander si ce brave Gaetan ne serait pas un mec louche qui emmène les jeunes filles innocentes à l'autre bout de la ville pour les violer. Heureusement, je n'ai pas le temps de transformer mes pensées en peur panique car au loin se dessine une importante battisse perdue dans un décor de verdure. Sûrement la demeure de tante Amelda. Le manoir se dresse devant mes yeux, aussi imposant qu'une forteresse imprenable.
-Et voilà Le Domaine des Clos, m'annonce Gaetan. Si jamais t'as b'soin d'un taxi, appelle le mien, voilà ma carte, dit-il en me gratifiant d'un clin d'½il.
-Je n'y manquerais pas, lançais-je. Mais il n'avait pas du m'entendre, ayant déjà fait demi-tour me laissant seule face à mon destin. Un immense portail ouvragé me barrant la route, je sonne pour qu'on m'ouvre. Dans l'interphone, une voix masculine déformée par la technologie me répond :
-Le Domaine des Clos, domicile de Mme de Rougevigne. Quel est le motif de votre visite ?
-Euh..bon...bonsoir, réussis-je à articuler -tout cela me mettait mal à l'aise- je suis Gwendoline Bermont, la petite nièce de Mme Amelda de...enfin soit, je...
-Vous êtes Gwendoline Bermont ? m'interrompit-il, pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ? Soyez la bienvenue, nous vous attendions.
Le fameux portail s'ouvre devant moi avec un grincement inquiétant, la pluie recommence à tomber. Je remonte l'allée en pressant le pas et sur le perron m'attendent deux femmes, une qui a l'air d'avoir mon âge et l'autre nettement plus âgée, habillées en domestiques.
- Bienvenue Mlle Bermont ! me disent-elles dans un ch½ur parfait.